Document no. 693
La violation de la neutralité belge par l'Angleterre et la Belgique, October 1914
"Du côté français, le danger n'existe pas seulement au sud du Luxembourg. Il nous menace sur toute notre frontière commune. Pour ce qui concerne cette affirmation, nous ne sommes pas réduit à de simples suppositions; nous avons pour cela des points d'appui positifs."
63r
L'idée de ceindre les Allemands par le nord est sans doute une des combinaisons de l'Entente cordiale. Si ce n'était pas le cas, le plan de fortifier Vlissingen n'aurait pas soulevé de tels cris à Paris et à Londres. On n'a pas, là-bas, dissimulé les raisons qu'en avait de désirer que l'Escaut reste sans défense. Par cela, on poursuivait le but de transporter, sans obstacles, une garnison anglaise à Anvers; c'est-a-dire, le but de se créer chez nous une base d'opérations pour une offensive dans la direction du Bas-Rhin et de la Westphalie, pour nous entrainer ensuite – ce qui n'aurait pas été difficile. Car, en abandonnant notre lieu de refuge national, nous aurions perdu, par notre propre faute, toute possibilité de résister aux exigences de nos protecteurs douteux, après avoir eu l'imprudence de les y laisser entrer. Les communications aussi naïves que perfides du colonel Barnardiston, pendant la clôture de l'Entente cordiale, nous ont montré clairement de quoi il s'agissait. Quand on vit que nous ne nous laissions pas intimider par le danger soi-disant menaçant d'un barrage de l'Escaut, ce plan ne fut pas abandonné, mais changé de sorte que les armées de secours anglaises devaient être débarquées non plus à la côté belge, mais dans les ports français des environs. Cela est prouvé par les révélations du capitaine Faber, qui sont aussi peu démenties que les rapports des journaux par lesquelles elles avaient été affirmées et complétées. Ces troupes, débarquées à Calais et à Dunkerque, ne marcheraient pas le long de notre frontière vers Longwy pour atteindre l'Allemagne. Elles feraient tout de suite invasion chez nous par le nord-ouest, ce qui leur procurerait l'avantage d'entrer aussitôt en action, et de rencontrer l'armée belge, au cas où cette dernière voudrait risquer une bataille, dans un endroit où elle ne pourrait pas s'appuyer sur une ville fortifiée. Cela lui permettrait, probablement, d'occuper des provinces riches en ressources de toutes sortes; en tout cas, elles empêcheraient notre mobilisation ou bien ne la permettrait que, à la condition que nous nous engagerions formellement à l'exécuter à l'avantage de l'Angleterre et de ses alliées. Dans cette éventualité, il est ordonné avec urgence d'exécuter d'avance un plan de bataille pour l'armée belge. C'est ce qu'exige, dans le cas d'une guerre franco-allemande, aussi bien l'intérêt de notre défense militaire que notre politique extérieure.
Ces explications, venant d'un côté impartial, prouvent que la même Angleterre qui, maintenant, prend l'allure d'un protecteur de la neutralité belge, exige que la Belgique prenne un parti partial en faveur des puissances de l'Entente, et a même pensé un certain temps à violer la neutralité de la Hollande. De plus, il est prouvé que le gouvernement belge, en prêtant l'oreille aux insinuations anglaises, s'est rendu coupable d'avoir gravement manqué à ses devoirs de puissance neutre. L'accomplissement de ces devoirs aurait voulu que le gouvernement belge ait aussi prévu dans ses plans de défense, la violation de sa neutralité par la France, et qu'elle ait, dans ce cas, traité avec l'Allemagne d'une manière analogue à ces conventions avec France et l'Angleterre. Les écrits trouvés forment une preuve documentaire pour le fait des convenances belges avec les puissances de l'Entente; un fait connu, longtemps avant la guerre, des places autoritaires en Allemagne. Ils sont une réhabilitation pour notre procédé militaire, et une affirmation des informations, données à la direction militaire allemande, concernant les intentions françaises. Qu'ils ouvrent les yeux du peuple belge à qui ils doivent la catastrophe qui a envahi ce pauvre pays.